Qu'est-ce qui vous empêche de pardonner? N° 2

 2e partie

 

Par Denis Morissette

 

Pour beaucoup de croyants, le pardon est le remède à tout. Les expressions « Tu n’as pas vraiment pardonné ou tu dois pardonner… et tout s’arrangera » ressemblent davantage à une recette magique. Le pardon ne règle pas tout, mais demeure une étape importante sur le chemin de la guérison.

Ce genre de réflexion-cliché n’aide en rien ceux qui ont besoin de pardonner. À la limite, cela leur occasionne un souci supplémentaire puisqu’en plus de souffrir l’offense dont ils ont été l’objet, ils doivent maintenant composer avec la culpabilité de ne pas pardonner.

4. Le pardon, ce n’est pas excuser !

Certaines personnes pardonnent par désespoir, par peur de perdre. Un mari trompe sa femme et celle-ci spontanément lui pardonne tout sur le champ. « Allez, je te pardonne et on oublie tout ».  Une autre, face à la même situation malheureuse, refuse de pardonner craignant qu’en l’excusant ainsi, il puisse recommencer. Il faut comprendre que pardonner n’est pas excuser dans le sens de tolérer ou de ne pas considérer la gravité de la situation. Pour éviter l’effet néfaste d’u pardon facile qui ne règle rien, voici une petite stratégie appelée les 4 « R ».

a) Responsabilité :
Est-ce que la personne reconnait ses torts ? Est-ce qu’elle assume la gravité de ses gestes ?

b) Remords :
Est-ce que la personne est vraiment désolée, repentante ? Est-ce qu’elle éprouve des remords ou n’avoue que parce qu’elle s’est faite prendre ?

c) Réparation :
Est-ce que la personne est prête à réparer ses torts, à faire amende honorable dans la mesure du possible ?

d) Répétition :
Est-ce que la personne prend des mesures pour s’assurer de ne pas répéter les gestes qu’elle a posés ? Est-ce qu’elle cherche de l’aide et désire sincèrement changer ?

5. Ce n’est pas cautionner

Certains résistent au pardon en se disant qu’après avoir pardonné, la personne en faute sera libre de commettre de nouveaux délits ou de continuer à faire mal. Pardonner, demeure un choix personnel qui n’engage en rien la personne envers laquelle nous octroyons notre pardon. En pardonnant, nous ne devenons pas garant de sa vie, ni de ses conduites. Nous ne devenons pas responsables de ce qu’elle fait ou ne fait pas. Nous ne cautionnons pas ses actes, ni n’approuvons ses agissements ou ses actions. Le pardon n’a pas comme effet d’encourager une personne à poursuivre ses méfaits. Cette dernière doit assumer la pleine responsabilité de ses faits et gestes.

6. Ce n’est pas se réconcilier

Enfin, plusieurs résistent à l’idée de pardonner en croyant qu’en faisant ainsi, ils devront se réconcilier avec la personne. Bien qu’ultimement, dans un scénario idéal, le but final soit la réconciliation, cela n’est pas toujours possible. On assiste parfois à des scènes aberrantes où, par exemple, une victime d’abus ou d’agression sexuelle est contrainte, par des croyants bien intentionnés mais profondément immatures, à renouer avec son agresseur pour démontrer la réalité et la sincérité de son pardon. On peut facilement imaginer le traumatisme subi par cette personne. Pardon et réconciliation sont 2 étapes différentes et subséquentes.

Le pardon constitue une étape importante dans la guérison d’une vie. Comprendre ce qu’il n’est pas amène les gens blessés à faire la paix avec l’idée de pardonner. En se faisant, ils peuvent ainsi s’ouvrir à tous les bénéfices du pardon en particulier, la liberté qu’il accorde.

« Pardonner c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce prisonnier était vous-mêmes. »
Lewis Smedes

  

 

Publication autorisée par l'auteur

 

Denis Morissette est psychoéducateur, pasteur et conférencier invité dans de nombreux pays, il est un pionnier de la relation d'aide dans le milieu chrétien francophone. Il fait preuve d'une finesse, d'une sagesse et d'une habileté remarquables pour conjuguer savamment psychologie et foi chrétienne dans une alliance harmonieuse, saine et équilibrée.